Copropriété

Financement et répartition des charges IRVE en copropriété

Financement bornes VE en copropriété : répartition aux tantièmes, appels de fonds, fonds de travaux, emprunt collectif, charges utilisateurs ou tous lots.

En résumé

Le financement d’une installation IRVE en copropriété se répartit selon plusieurs clés possibles. Aux tantièmes généraux, tous les lots contribuent proportionnellement. Aux tantièmes parking, la charge ne pèse que sur les lots disposant d’une place. Dans la formule « utilisateurs », seuls les futurs utilisateurs des bornes paient. Une approche mixte enfin partage l’infrastructure aux tantièmes et les bornes aux utilisateurs.

Le principe que nous recommandons sépare deux choses. L’infrastructure (colonne, tableau) bénéficie à l’immeuble : elle relève des tantièmes généraux ou parking. Les bornes individuelles bénéficient à un utilisateur précis : elles relèvent d’une charge utilisateur.

Côté financement, trois voies coexistent : l’appel de fonds spécial, le fonds de travaux, et l’emprunt collectif, ce dernier restant rare.

Les clés de répartition possibles

Option 1 : Tantièmes généraux

Tous les copropriétaires contribuent selon leurs tantièmes de parties communes générales. La base légale est l’article 10 de la loi du 10 juillet 1965, relatif aux charges de conservation et d’entretien des parties communes.

AvantagesInconvénients
Simple à calculerPénalise ceux sans VE ni parking
Solidarité collectiveOpposition potentielle en AG
Valorise l’immeuble pour tousPerçu comme injuste par certains

Cette clé convient aux copropriétés où l’installation IRVE est vue comme une amélioration collective, qui valorise le bien et son attractivité.

Option 2 : Tantièmes parking

Seuls les lots disposant d’une place de parking contribuent. La base légale est la clé spéciale de répartition (article 10 alinéa 2) si elle figure au règlement de copropriété ; à défaut, un vote à la double majorité (article 26) est nécessaire.

AvantagesInconvénients
Plus équitable (liée au parking)Exclut ceux sans parking
Réduit les oppositionsClé pas toujours existante
Peut nécessiter modification du RC

Cette option vise les copropriétés dotées d’une clé parking, ou qui souhaitent l’instaurer.

Option 3 : Utilisateurs uniquement

Seuls les copropriétaires qui utiliseront une borne contribuent. Cela suppose une décision d’AG créant une charge spéciale, sur le fondement de l’article 24 ou 25 selon le cas.

AvantagesInconvénients
Équité maximaleFrein à l’adhésion (coût élevé par utilisateur)
Pas d’opposition des non-utilisateursPas de solidarité collective
Complexité de gestion

On la retient surtout dans une petite copropriété où les demandeurs sont peu nombreux et déjà identifiés.

Option 4 : Répartition mixte (recommandée)

Le principe consiste à distinguer l’infrastructure, qui profite à tous, des bornes, qui profitent à chacun.

PosteRépartitionJustification
Colonne électriqueTantièmes générauxPartie commune, valorise l’immeuble
Tableau divisionnaireTantièmes générauxPartie commune
SupervisionTantièmes parking ou utilisateursUsage IRVE
Bornes individuellesUtilisateursBénéfice direct

Exemple chiffré (8 bornes, copropriété 60 lots) :

PosteMontant HTRépartition
Infrastructure7 000 €60 lots (tantièmes) = 117 €/lot
8 bornes8 000 €8 utilisateurs = 1 000 €/utilisateur
Supervision1 000 €8 utilisateurs = 125 €/utilisateur

Résultat :

  • Copropriétaire sans borne : 117 €
  • Copropriétaire avec borne : 117 € + 1 125 € = 1 242 €

La répartition mixte concilie deux logiques que les autres clés opposent : l’équité, puisque chaque utilisateur paie sa borne, et la solidarité, puisque l’infrastructure profite à tous, y compris aux futurs utilisateurs.

Modalités de financement

Appel de fonds spécial

C’est la modalité la plus courante : l’AG vote un budget travaux et le syndic procède ensuite aux appels de fonds.

La procédure tient en trois temps :

  1. Vote en AG du budget et de la répartition
  2. Appels de fonds trimestriels ou selon échéancier voté
  3. Exigibilité selon le calendrier (ex. 50 % à la commande, 50 % à la réception)

L’avantage est sa souplesse, sans aucun coût de financement.

Fonds de travaux (article 14-2)

Depuis la loi ALUR, chaque copropriété dispose d’un fonds de travaux alimenté chaque année, à hauteur d’au moins 5 % du budget prévisionnel. Il peut servir à financer l’IRVE si son montant le permet et si l’AG l’autorise. Bien doté, il évite tout appel de fonds supplémentaire.

Emprunt collectif (article 26-4)

La copropriété peut contracter un emprunt bancaire pour financer les travaux. Cela passe par un vote à la double majorité (article 26) autorisant l’emprunt, puis par la négociation avec la banque, le remboursement s’opérant ensuite via les charges de copropriété.

On y recourt surtout pour les projets importants (au-delà de 30 000 €) ou lorsque la trésorerie de la copropriété est faible. Le coût du crédit et la lourdeur administrative en restent les principaux freins.

Financement par opérateur tiers

Certains opérateurs, comme Zeplug ou Logivolt, financent l’installation et se rémunèrent sur l’usage : la copropriété ne paie rien à la pose, l’opérateur se rétribuant via l’abonnement et le kWh vendu aux utilisateurs.

AvantagesInconvénients
Pas d’investissement initialCoût total plus élevé sur 10 ans
Pas de gestion pour la coproDépendance à l’opérateur
Maintenance incluseMoins de contrôle

Le comparateur des opérateurs permet d’évaluer les offres entre elles.

Gestion de la refacturation électricité

Compteur collectif + refacturation

La copropriété dispose d’un compteur collectif IRVE et refacture l’électricité aux utilisateurs via la supervision. La mesure se fait au kWh réel (sous-compteurs MID), avec une facturation mensuelle ou trimestrielle. Le prix correspond au coût d’achat majoré d’une marge de gestion, généralement de 10 à 20 %.

Exemple :

  • Prix d’achat : 0,22 €/kWh
  • Prix de refacturation : 0,26 €/kWh
  • Marge : 0,04 €/kWh (couvre pertes, gestion, provision maintenance)

Compteurs individuels par borne

Chaque utilisateur dispose de son propre compteur Linky et paie directement son fournisseur. La copropriété n’a alors aucune refacturation à gérer. En contrepartie, la mise en place coûte plus cher, un compteur par borne, et prive d’une optimisation collective.

Articulation avec l’aide Advenir

L’aide Advenir est versée au syndicat des copropriétaires, via le compte de la copropriété.

Reste à décider comment elle se répartit :

OptionPrincipe
Au prorata des contributionsChaque contributeur récupère sa part de l’aide
En déduction globaleL’aide réduit le budget total avant répartition

Exemple (budget 16 000 € HT, aide 8 000 €, 8 utilisateurs + 60 lots) :

MéthodeInfrastructure (60 lots)Bornes (8 users)
Avant aide7 000 €9 000 €
Aide au prorata-3 500 €-4 500 €
Après aide3 500 € (58 €/lot)4 500 € (563 €/user)

Cas particuliers

Copropriétaire qui rejoint après l’installation

Un copropriétaire qui demande une borne après l’installation initiale contribue au coût marginal de sa borne (pose et matériel), mais ne re-contribue pas à l’infrastructure, déjà amortie. Il rejoint alors le système de refacturation.

Copropriétaire qui vend son lot

Le lot conserve le bénéfice de l’infrastructure, qui reste une partie commune. Lorsqu’une borne individuelle est attachée au lot, elle peut être incluse dans la vente ou démontée aux frais du vendeur.

Place de parking vendue séparément

Si la place de parking constitue un lot distinct, doté de tantièmes propres, l’infrastructure relève des tantièmes parking quand cette clé existe, ou des tantièmes généraux à défaut. La borne, elle, reste à la charge du propriétaire de la place.

Erreurs fréquentes à éviter

  1. Répartir aux tantièmes généraux sans explication → opposition en AG
  2. Oublier les coûts récurrents → charges imprévues les années suivantes
  3. Ne pas distinguer infrastructure et bornes → perception d’injustice
  4. Ignorer la clé parking existante → contestation juridique possible
  5. Mal répartir l’aide Advenir → conflits entre contributeurs

Passer à l’action

Sources

  • Loi n° 65-557 du 10 juillet 1965, articles 10, 14-2, 26, 26-4
  • Décret n° 67-223 du 17 mars 1967
  • ARC : guide de financement des travaux en copropriété
  • Programme Advenir : modalités de versement (advenir.mobi)